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À propos

C ’EST LE MONDE D’APRÈS FAUVE. ÉLECTRONIQUE, AÉRIEN, HYPNOTIQUE, CINÉMATOGRAPHIQUE, CÉRÉBRAL, DANSANT. Qui s’adresse aux pieds et à l’âme. Qui joue autant de la boucle que des mots, comme un stroboscope sur nos angoisses maquillées. Il y a, bien sûr, le souvenir encore tenace de la déferlante de cette bande de garçons anonymes. Presque huit ans déjà. Cas unique dans la musique française : les salles bondées avant même la sortie d’un album, la série de vingt Bataclan, les textes exutoires et incandescents, le spoken word ardent et offensif, l’énergie affolante, l’effet de miroir auprès d’une génération basculant dans la vie active, trois disques et un live, trois ans de tournée, 150.900 kilomètres avalés. Et une mise en sommeil, qui n’a rien du coup de tête. Le collectif avait prévenu de la fugacité du projet. Ne rien gâcher. Ne pas instrumentaliser ce qui avait été conçu, au départ, comme un usage thérapeutique. Les garçons s’en réfèrent parfois à Brel pour donner un début d’explication : « Je suis parti le jour où j’ai senti que j’avais un gramme d’habileté… » Comprendre que ces garçons-là ne veulent ni se reposer sur un savoirfaire, ni appliquer une recette. Le clan éprouve ainsi une saine envie de tout remettre à plat, de changer de braquet, d’explorer d’autres territoires. Dernier concert de Fauve un samedi soir. Branchements des synthés deux jours plus tard. L’action se déroule il y a cinq ans, dans l’appartement parisien de l’un des membres, boulevard de Magenta. Point de départ d’une nouvelle aventure, d’un nouveau geste artistique. D’une autre identité aussi. « Un peu par hasard, on est retombés sur des titres de la French Touch de notre pré-adolescence. Ça a été un vrai choc esthétique, cette redécouverte. Il y a un intérêt pour les machines qui est né pendant Fauve, à travers le hip hop, le sampling, et qui a basculé vers la musique électronique, non pas en écoutant les trucs du moment mais plutôt les deux premiers albums de Daft Punk, Étienne de Crécy, Cassius, Alphex Twin,… » Une trajectoire patiente impulsée par l’acquisition de machines, l’apprentissage de nouvelles méthodes de composition, pensée initialement comme un projet instrumental puis rattrapée par la nécessité de dire. « Contrairement à Fauve, on a commencé les morceaux par la musique et non plus le texte. La priorité ici c’était le son, le corporel… Mais on a eu à nouveau envie de parler. Remettre de la voix et des mots, c’est un exercice assez violent. Il n’y a jamais de fiction, on ne fonctionne pas de la sorte. » De l’abnégation, de l’acharnement, de la résilience, un esprit fraternel intact, des choix toujours validés à l’unanimité, Magenta ne s’est accordé aucun répit pour essayer d’être à la hauteur de la tâche. L’album, précédé d’un EP Long Feu sorti en juin dernier (dont les morceaux Assez ?, Tom Tom Club et Chance (en duo avec Vendredi sur Mer)), s’intitule Monogramme. Une allusion à ce blason invisible, cet insigne spirituel, qu’ils arborent au coeur depuis leurs années de jeunesse, évoluant avec eux au gré des aventures vécues. Ce lien impalpable qui les rassemble malgré tout, dans les joies comme dans l’adversité. Ce disque s’impose comme la photographie d’une formation en plein renouveau esthétique et évolution mentale. « Il y a eu de nombreuses versions, différents chemins empruntés pour arriver à cet assemblage final de morceaux allant de l’électronique stricte à d’autres plus proches de la chanson ».

Premier évènement sur Shotgun en 2024